
MORSURE
Morsures de peaux
Caresses d’oublis
Baisers d’absences
Erections d’amours
Cris d’impatiences
Essoufflements de silences
Colères des corps
Arabesques de désirs
Tâches de voluptés
Soubresauts d’empreintes
Incandescences de nos creusets
Escaliers de soleils
Lanternes de secrets
Plages de ressacs
Tempêtes défroissées.
ZERO MILLIARD
Zéro, rien, juste un départ sans blâme ni médaille
Un, cellule vivante n’attend que la multiplication
Deux, amours divines déboulonnent les rails
Trois, trinité soigne ces maux sans explication
Quatre, murs d’une chambre suffisent à l’imagination
Cinq, main tendue évite la poche de la grisaille
Six, soleil se lève et la nuit se taille
Sept, nains apprivoisent madame et lieues promènent monsieur
Huit, pattes fécondent l’araignée ou tentacules de tentation
Neuf, l’enfant attend de connaître ses parents dans les yeux
Dix, slalom chronomètre en millième le temps qui passe
Vingt, jeunesse défigure des idoles de lumière
Trente, écrivain tonitruande la femme de glace
Quarante, cap-
Cinquante, moitié moitié définit un troc sans casse
Soixante, vins et fromages dressent le banquet si fier
Soixante-
Quatre-
Quatre-
Cent, bougies immortelles dansent sur terre et sautent en l’air
Mil, chevaliers du brouillard montent des plaines ensemencées
Million, chahut d’enfants enflamme l’écorce terrestre
Milliard, chariot d’étoiles guide nos pas de pantins, de mutants.
HEIN...
Tu repousses ton réveil d’une heure plus tard
La sonnerie
Et tu dors une heure de plus
Tu absentes ton travail d’une journée
D’esclavage
Et tu respires une journée de plus
Tu ôtes à ton patron un mois
De responsabilités
Et tu vis un mois de plus
Tu imposes au destin une année
De sabbat
Et tu cours un an de plus
Tu te détournes à l’aiguillage dix ans
De soumission
Et tu libères dix ans de plus
Tu pickpockettes à la barbe du tyran ta vie
De libertés
Et tu commences à vivre ta vie.
« PAS SI CON »
« Pas si con » passe ici
Repassera t-
Pas si sûr, Parsiphal
Eût-
Aux pieds sans chaîne avoir,
Ni aux mains menottes lestées,
Qu’il eût sursauté sur cela
Sans souci sourcillant consciemment.
« Pas si con » pasticha le chat
A l’anis de la tête à l’anus
Et se dit, sans merci, qu’il suffit
De suçoter les os de cet autre sot, le coq au vin,
Et le fit cuire sans confiture en tournedos.
Charognes et chacals suivirent l’agape sans hâte
Aux dates Pascal et cigogne puis assiégèrent l’animal
Sans mal puisqu’il était mort de sa belle mort, au four.
Pourtant, une touffe rousse de poils de chat
Chatouilla la gorge de « Pas si con » contorsionné
Nébuleuse quinte de toux tournoya aux poumons
Montrant la goinfrerie de « Pas si con » convulsionné
S’en suivi sans répit l’asphyxie du maudit
Qui du lit trébucha au trépas sans autre repas.
L’IRIS
Il est une frontière circulaire
Entre l’iris et la pupille
A la largeur d’un cheveu d’ange
Et plus tendue qu’un silo à grain
Où s’extasient les danseurs fous,
Les idées abandonnées, les puits du désert.
Il est une bague aquatique
Au fond de tes yeux mouillés
Aussi fine qu’une feuille d’or
Et plus fermée qu’un cercle d’amis
Où s’accrochent acrobatiques les rêves insensés,
Les amours fragiles, les émaux des potiers.
Il est une bulle de savon
Entre l’iris de ton regard et la pupille de ton âme
Plus ténue qu’un dernier souffle
Mais plus vaste qu’un ciel de nuit
Où s’élèvent les peintres en transes,
Les rires chahutés, les enfances malmenées.
Il est un cercle magique
Au pourtour de nos regards de damnés
Si froissable qu’une feuille de cigarette
Pourtant plus clos qu’une enveloppe fœtale
Où rebondissent nos années-
Nos squelettes de pantins, nos veines hémophiles,
Nos éclats de pensée, nos extases de lumière.
TATOUAGE
Les matériaux divers se repoussent
Tout comme deux aimants identiques
Le plâtre se détache du ciment
La faïence dérape sur le verre
Le bois se rétracte à la brique
Ils se refusent les uns les autres.
Mais si d’aventure tu inverses un aimant
Alors les deux se colleront comme des amants
Plus soudés que deux pavés d’argile assemblés
Plus unis que des aciers brasés
Plus arborescent que la branche à son tronc
Aussi indissociable que mes mains sous ta peau.


‘ Cinq Soleils et la Lune ‘
Eds La Bartavelle 2003
Double recueil de poésie 200 pages
15 euros (frais d’envoi inclus)
‘Le Coeur de Chauffe’
Publication à compte d’auteur 2007
Recueil de textes 100 pages
10 euros (frais d’envoi inclus)